13 novembre 2008
4 pistes pour réguler la finance mondiale
La crise l'a démontré : le capitalisme financier a dépassé certaines limites, entraînant dans son sillage l'économie réelle, ruinant la confiance si nécessaire dans notre système, mettant en danger l'épargne des particuliers. Contrairement à ce qui peut être dit ça et là, ce n'est pas le système de production capitaliste et le libre-échange qui sont en cause. Les variables productivité, compétitivité, création de richesse et de progrès (dont les entreprises sont les garantes) ne sont pas remises en question. Tout au plus la libre circulation propage les crises au niveau mondiale, ce qui doit nous conduire vers plus de vigileance et vers plus d'organes de contrôle supranationaux et mondiaux. Ce sont bien les régles de fonctionnement de l'économe financière qui sont à revoir. Non pas qu'il faille castrer les banques et leur interdire d'innover voire de spéculer. Mais force est de constater que l'innovation financière, que certains chantres aveuglés de la dérégulation ont défendu à outrance, ne doit pas s'épanouir sans règles et sans contrôles. A trop vouloir réduire le risque, on l'a dispersé partout dans l'économie financière. A trop vouloir vendre de la dette et consommer, on a encouragé le développement d'une bulle immobilière et du crédit, on a baissé les taux. A trop vouloir innover, on a oublié que le métier du banquier repose sur un principe - l'évaluation du risque - et une réalité - les rentrées d'argent et la capacité à rembourser. Pour sauver et préserver l'économie et le capitalisme - ces deux mots se confondent -, nous devons réformer la finance mondiale, ou pour être précis édicter de nouvelles règles qui tendent vers 2 priorité : mieux contrôler et mieux responsabiliser. Voici 4 pistes qui pourraient nous aider à remettre la finance mondiale sur pied et installer un système pérenne et solide, régulateur mais pas destructeur de richesse.
1. Première mesure, obliger les institutions financières à avoir la surface financière – les capitaux propres - suffisante en contrepartie de l’argent qu’elles prêtent réellement. Un chiffre affolant : 500 mille milliards d’euros circulent sous forme de produits dérivés dans l’économie financière, soit plus de 10 fois le PIB mondial qui représente la richesse réellement créée dans le monde. Cet argent est « hors du bilan des banques » et quand des placements se révèlent être douteux (comme pour les subprimes et produits structurés), la banque n’a pas de quoi faire face à ses exposition sur les marchés et à d’éventuelles pertes. C'est bien parce que s'est développée une finance virtuelle coupée de la réalité qu'ill faut s’interroger sur la nécessité de faire apparaître ces opérations au bilan des banques.
2. Contrôler l’offre de crédit en plus de l’offre monétaire. Cette crise est bien une crise du crédit : immobilier (subprimes), mais aussi aux entreprises (effet de levier) et sur les marchés. Le développement du crédit a pris des proportions démesurées : encouragé par des taux d’intérêt faible et un marché immobilier à la hausse, expliqué par le manque d’évaluation de la solvabilité des emprunteurs, il a conduit à la formation d’une bulle dont le retournement a contaminé via la titrisation l’ensemble de la sphère financière, et maintenant économique. Désormais, les organes de régulation centraux -pourquoi pas les banques centrales, devraient surveiller l’inflation d’actifs susceptibles de créer des bulles – comme l’immobilier. Comme coussin en cas de crise, une chambre de compensation des CDS pourrait être créée. Bien entendu cela risque de peser sur la rentabilité du secteur financier, mais le retour à la réalité économique l’exige. A noter que la crise, si elle a pointé les limites du pilotage par les seuls taux d’intérêt, n’a pas invalidé les principes monétaristes : ce sont bien, aux Etats-Unis, des taux d’intérêts maintenus durablement excessivement bas dans une période de solidité économique qui ont favorisé le développement de la bulle immobilière.
3. Mesure qui découle de la précédente, responsabiliser et contrôler les agences de notation, qui évaluent la solvabilité et la qualité des emprunteurs : cette crise est aussi celle de l’évaluation du risque – par les banquiers et les agences de notation. Catalyseurs de la propagation de la crise, ces agences ont sous-évalué le risque des produits titrisés. On s’est également rendu compte qu’elles n’étaient pas complètement indépendantes des institutions qu’elles notaient, allant même conseiller à leur client la création de produits structurés qui allaient devenir toxiques. Comme le préconise la Commission Européenne, des obligations légales doivent désormais prévenir les conflits d’intérêts (gouvernance indépendante), exiger plus de transparence, empêcher le rôle de conseil, ou encore empêcher la notation de produits complexes en l'absence d'informations suffisantes.
4. Aller vers une supervisison et réglementation mondiale et un rôle accru du FMI. A économie mondialisée gouvernance mondiale. Il faut encourager l'harmonisation des normes financières et la coordination des politiques financières à travers une gouvernance économique et financière mondiale, et assurer une supervision mondiale des établissements financiers grâce à un rôle accru des institutions mondiales (sans parler de l'Europe et de la nécessaire coordination économique et fiscale). Dans ce sens, le FMI devrait à l'avenir jouer un rôle plus important dans la surveillance des marchés de crédit et surtout dans l'octroi de prêts plus rapide et sur mesure pour répondre à des besoins urgents, avant qu'il n'y ait contamination à d'autres pays ou à d'autres secteurs.
J'ajouterai enfin qu'une finance plus stable à l'avenir devra aussi passer par des comportements individuels parmi les banquiers plus responsables. Non pas que les bonus doivent être supprimés. Mais on peut espérer que la crise aura fait avancer les idées élémentaires qu'il n'y a pas de supergains sans de superrisques, et qu'il ne doit plus y avoir d'échecs sans sanction (fin des parachutes dorés, licenciements). Il y va de la confiance : réconcilier les entreprises, les épargnants et les opinions nationales avec les banques.
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