22 octobre 2008
La Chine prend son envol
La Chine est déjà une puissance : c'est un fait. La Chine est une future superpuissance : cela ne fait plus de doute. La chine se développe à un rythme effreiné et tire le monde : cela ne nous surprend plus. Ce qui est en revanche à souligner, c'est que la Chine semble vouloir prendre son envol et devenir un maître indépendant du jeu économique mondial. Lasse de payer pour l'appétit et les erreurs de la cigale américaine, la fourmi chinoise, par l'intermédiaire de la presse et du gouvernement, vient d'annoncer clairement qu'elle n'injecterait pas d'argent pour sauver les marchés américains de la crise du crédit et qu'elle se concentrerait sur son marché. Parce qu'au pays du capitalisme d'Etat la parole du politique dicte le comportement des investisseurs, il faut sans doute y voir un tournant économique et un basculement géopolitique.
La Chine peut-elle snober les bons du trésor américain et le plan de sauvetage américain ?
Petit rappel, la Chine, avec le Japon, est le principal créancier de l'Etat américain. Sur les 1 800 milliards de dollars de réserves de la banque centrale chinoise, 519 sont constitués de bons du trésor américains (593 pour le Japon) : cela représente 25% de la dette américaine détenue par des pays étrangers. La Chine, prudente, ne compte absolument pas se livrer à une vente panique des bons du Trésor américains actuels, qui affolerait les marchés. Mais Les Américains savent désormais que leur politique d'endettement massif n'a pas vocation à être financé ad vitam eternam par des pays qui seraient dépendants de leur économie, dépendants de leur croissance, dépendants tout court. Pourquoi cette rebellion de la Chine ? N'a t-elle plus à se soucier de l'avenir de l'ogre américain ? Pour L. Yu, ancien conseiller de la banque centrale chinoise, le fait que la Chine détienne une quantité énorme de bons du Trésor américains implique qu’elle doive supporter une grande partie du « fardeau de la remise en ordre » aux États-Unis.« Pourquoi continuons nous à accumuler ces reconnaissances de dettes si elles peuvent ne pas être honorées ?". De plus, un stock trop important des bons du Trésor américains peut constituer un risque en cas de baisse du dollar. La Chine a tout intérêt à rester à l'écart de la tourmente financière américaine. Elle a également intérêt à pointer la responsabilité purement américaine de cette crise, qui la touche bien entendu également - comme toutes les économies. A vrai dire, le gouvernement chinois, accusé de délaisser les marchés financiers et la champions nationaux, compte d'abord soutenir soutenir ses milieux financiers, comme en témoigent des baisses de taxes et de taux d'intérêt (pour la première fois en 6 ans).
Mais pourquoi alors la Chine ne chercherait-elle pas à prendre des participations dans les entreprises américaines, dans le but d'étendre son emprise ? La qualité des actifs américains ne l'intéresse tout simplement pas. La Chine prudente ? Oui, mais c'est en général la caractéristique des investisseurs avisés. La Chine se comporte simplement en investisseur rationnel. Le fonds souverain chinois, doté de 200 millions de dollars, qui partait autrefois à la conquête de Wall Street n'a aujourd'hui plus intérêt à acheter des actifs trop risqués, pour certains sans avenirs, qui correspondent à une stratégie de sauvetage in extremis et non pas à une stratégie industrielle de création de valeur. Le rôle du fonds souverain n'est pas d'investir à court terme. La Chine a aussi certainement retenu la leçon de son investissement en 2007 à hauteur de 9,9% dans le capital de Morgan Stanley et de 10% dans le fond américain Blackstone : deux investissements qui valent seulement la moitié de leur mise de départ. Pour autant la Chine n'a pas renoncé à placer ses pions, comme en témoignent les participations qu'elle prend dans des entreprises européennes ou se main-mise hautement stratégique susur les état africains qui lui fournissent son pétrole. La Chine ne veut pas bêtement "acheter le monde" : elle veut tout simplement acheter ce qui sert le mieux ses intérêts.
La Chine mise sur la Chine
Si la Chine peut davantage se tourner vers elle-même, c'est qu'elle a atteint un stade où ses fondamentaux économiques sont suffisamment bons et solides pour qu'ils ne dépendent plus essentiellement de la santé de l'économie américaine. Peu à peu, les Chine devient moins dépendante de la consommation américaine que les Etats-Unis ne sont dépendants de la manne chinoise : le rapport de force s'inverse. Peut-on parler de repli sur soi de la Chine ? En quelque sorte, peut-être temporairement. Plus important, cela fait partie d'une stratégie bien réfléchie. Le gouvernement chinois mise désormais sur une stimulation de la demande intérieure : un défi, quand on sait qu'aved 49% de taux d'épargne, la Chine est un pays d'épargnants. Le gouvernement prévoit ainsi de doubler le revenu des paysans d'ici 2040. L'Etat investit aussi dans les entreprises chinoises : parallèlement au soutien des marchés financiers chinois, le fonds souverain a augmenté sa participation massive dans trois des grandes banques du pays. Soit le contraire de sa vocation ! La Chine cherche ainsi à faire évoluer son modèle qui repose aujourd'hui essentiellement sur les exportations, ce qui n'est pas sans conséquences.

Qu'en est-il alors du Yuan ? Le yuan, aujourd'hui faible et parfois considéré comme sous-évalué, constitue un avantage à l'exportation - même si c'est bien le coût de la main d'oeuvre et non la monnaie qui explique la capacité exportatrice de la Chine. Mais, dans le même temps, il favorise l'inflation. Le Yuan s'appéciera si la Chine cesse d’intervenir autant sur le marché des devises, notamment cesse d'acheter des dollars - ce qu'elle semble faire -, et surtout si elle commence à en vendre (ce qui aurait aussi pour effet de faire chuter le dollar). Y-a-t-il pour la Chine un avantage à voir sa monnaie s'apprécier ? Certes, Une baisse des revenus d'exportation serait à prévoir (et une amélioration de la balance commerciale américaine). Mais comme nous l'avons vu, la Chine a prévu de stimuler sa demande intérieure, ce qui pourrait compenser et aurait l'avantage de garantir une certaine indépendance - gage de solidité. Ses fortes réserves budgétaires pourraient également l'aider à accompagner la transition, d'où l'intérêt de les protéger. Pour M.Yu, "sans appréciation du yuan, la Chine continuera d’accumuler des réserves en devises, ce qui signifie continuer à accumuler des reconnaissances de dette des Etats-Unis. C’est du papier, qui peut ne pas être honoré, et qui ne va pas améliorer le bien-être national de la Chine. Si la Chine ne permet pas au yuan de s’apprécier et continue à promouvoir une croissance tirée par les exportations, cela conduira à une confrontation avec les États-Unis et l’Europe". Pour autant, le gouvernement chinois n'a pas vraiment fait de signe en ce sens, d'autant plus que l'appréciation du Yuan est une réclamation américaine et européenne. Quoi qu'il en soit, c'est aussi l'avenir du Yuan qui est en jeu, et à travers lui celui de la finance chinoise, dont la puissance reflètera tôt ou tard celle de l'économie chinoise. Pour le moment, la Chine doit éviter autant que possible de payer la note du plan de sauvetage américain, tout en réclamant une réforme du système financier et monétaire international pour en finir avec l'hégémonie du dollar, qui ne pourra être soutenu éternellement. A moyen terme, nous pourrions ainsi envisager la coexistence de trois monnaies fortes que seraient le dollar, le yuan et l'euro.
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Sans être isolationniste, la Chine veut désormais jouer cavalier seul. Ce qui ne l'empêche pas de réclamer activement d'avantage de régulation financière à l'échelle modiale : là encore c'est pour mieux protéger son modèle et ses intérêts. La chine compte sur elle-même et sur ce qui en tant de crise financière nous rappelle les fondamentaux du capitalisme : sa force productive. Comme l'a déclaré le Premier Ministre chinois, Wen Jiabao, le maintien d'une croissante forte, plus que le sauvetage de la finance mondiale, "sera la meilleure contribution de la Chine à la stabilité internationale". On ne saurait lui donner tort.
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