20 septembre 2008
L'empire américain en déclin ? Ce que nous enseigne l'histoire
Dans Une brève histoire de l'avenir, Jacques Attali identifie les causes communes aux chutes des différents "coeurs" - ce sont plus des villes que des pays - : aujourd'hui ce serait Los Angeles (admettons les Etats-Unis pour notre article). Depuis Bruges, selon l'auteur, se sont succédées Venise, Anvers, Gênes, Amsterdam, Londres, Boston, New-York et, donc, Los Angeles. Regardons, au-delà de la crise financière actuelle, ce que les lois de l'histoire peuvent nous indiquer sur la situation et l'avenir de l'empire américain.
"Une forme marchande dure aussi longtemps que le coeur peut réunir assez de rchesses pour maîtriser le milieu et la périphérie ; elle s'essouffle quand le coeur doit consacrer troop de ressources pour maintenir la paix intéreure ou pour se protéger d'un ou plusieurs ennemis extérieurs. Chaque coeur, ruiné par ses dépense, finit par laisser la place à un rival. En général, pas sun de ceux qui l'attaquent, mais une autre puissance". Qu'en est-il des Etats-Unis ? Ils continuent à concentrer les richesses et à maîtriser l'économie mondiale, mais ses guerres lui coûtent très cher (menaces extérieures), et la crise financière coûte très cher à l'Etat et au contribuable (menace intérieure). Les Etats-Unis ne sont pas encore ruinés, mais leur mode de croissance et de gouvernance repose sur sur une consommation et des dépenses à crédit. Dernier point, quand les Etats-Unis sont en plein dans la crise, la Chine, peu concernée par cette dernière, continue son bonhomme de chemin.
- La faillite de la place financière dominante ratifie souvent la fin d'un coeur (Amsterdam au 18è, Londres au 20è, Boston dans les années 30, New-York dans les années 8O). La spéculation joue un rôle fort, notamment quand les banques ou la devise d'un coeur sont concurrencés par ceux d'autres pays. La fin des coeurs concorde souvent avec une récession (à Gênes au 17è déjà). On fait le rapprochement avec les Etats-Unis d'aujourd'hui : (casi)récession. spéculation et bulles, crise des subprimes, faillites bancaires, faiblesse du dollar.
- La dépendance envers d'autres pays, qui s’exprime notamment à travers le financement de la dette publique, joue un rôle fort dans l’épuisement des « cœurs »: en 1980, quand les Etats-Unis allaient mal, la dépendance envers le créancier japonais était très forte, comme aujourd'hui envers la Chine (ou comme les Flandres et Amsterdam étaient dépendants du grenier à blé polonais au 18è, Gênes et Anvers des capitaux espagnols). Le déficit commercial américain, largement déficitaire, nous laisse également penser que les Etats-Unis vivent de plus en plus « à crédit ». La dépendance énergétique, elle, s’accroît.
- Certains cœurs ont pâti d’une inflation des dépenses et d’une organisation étatique devenue trop coûteuse : on pense au coût faramineux engloutie dans l’armée américaine et dans des guerres aux allures de bourbiers. On pense aux sommes faramineuses injectées dans les établissements financiers par la FED et le contribuable américain pour faire face à la crise. Si le déficit budgétaire de l’administration américaine est colossal, la société et l’économie américaines semblent, elles, encore épargnées par cet engluement administratif.
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Certains facteurs économiques et culturels sont souvent indissociables de la fin des cœurs : hausse des coûts de production et hausse des salaires, baisse de l’épargne, inflation, explosion du chômage. Clairement, les Etats-Unis sont moins compétitifs, concurrencés par la Chine, et les Américains vivent à crédit (ils n’épargnent pas). Les « cœurs » précédents ont souvent vu leur investissement diminuer, leurs technologies s'essouffler, les réseaux marchands ne pas se développer : ce n’est pas le cas des Etats-Unis. Ils ont parfois découragé leurs propres classes créatives et surtout cessé d’attirer suffisamment les élites étrangères. Ce n’est pas encore le cas des Etats-Unis, qui demeurent le cœur scientifique (certes concurrencé) et culturel (sa force principale, pour longtemps on peut penser) du monde.
- L'insécurité - énergétique et autre - joue souvent un rôle important dans l’affaiblissement des « cœurs ». Si les épidémies et les attaques directes ne sont plus d’actualité, les Etats-Unis doivent faire face à la menace du terrorisme, à l’insécurité géopolitique et énergétique (moyen-orient, Russie). Aujourd’hui, avec ses ressources, les Etats-Unis semblent encore à l’abri. Mais la dépendance américaine s’accroît et représente un risque. Au 18è déjà, Amsterdam a pâti de l’épuisement du bois pour construire ses navires. L’augmentation du prix du pétrole remet en question le modèle de développement de la société américaine, et s’assurer une plus grande indépendance énergétique exigerait un investissement colossal. On pense aussi à l'insécurité sociale et aux conflits sociaux qui pourraient, avec la crise, se développer. L’histoire nous apprend que là où la liberté recule et le besoin de protection s’accroît (Patriot Act, protectionnisme ?), la domination est menacée.
A l’évidence, les Etats-Unis présentent certains des syndromes des puissances qui s’essoufflent. La Chine est là pour rappeler aux Américains que la force productive (bientôt créative ?) est aujourd’hui davantage en Asie, et l'Amérique de plus en plus dépendante. L'empire américain est menacé par une crise financière sans précédents depuis des décennies, et structurellement mis en danger par des facteurs extérieurs et intérieurs (concurrence, dépendance, inflation des dépenses). Mais toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour parler sans nuances de « déclin de l’empire américain». Ce dernier jouit d’une vitalité économique et d’une force créative sans égales qui en font toujours - pour combien de temps ? - le moteur de la planète.
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