18 août 2008
Vers l'euthanasie active ?
L’actualité récente, à travers le cas de Chantal Sébire, a relancé le débat sur l’euthanasie active et le droit à « mourir dans la dignité ». Parce qu’il s’agit de souffrances insupportables endurées par des individus, le débat doit se situer au niveau du vécu des patients, du rôle de l’entourage (famille et médecins) et de la prise en compte de la volonté individuelle.
Tout d’abord, et c’est à souligner, la loi Leonetti de 2005 a constitué une étape fondamentale dans la légalisation de la fin de l’acharnement thérapeutique et de l’encadrement du laisser-mourir (euthanasie passive). Faut-il pour autant franchir le pas qui conduit à l’euthanasie active ou à l’aide au suicide ?
Une question de principe
On peut se demander si la législation pourra ignorer éternellement l’évolution de l’opinion sur cette question (opinion largement favorable), qui touche, sur le principe, une liberté individuelle : volonté consciente qui n’engage que le patient. Si l'on admet, au nom d'une philosophie de l'individu et du libre-arbitre à laquelle je crois, que toute personne est responsable et dispose d'un libre-arbitre qui lui permet de disposer de son corps et de sa vie - c'est un peu différent pour l'avortement -, l'euthanasie, parce qu''elle est justifiable moralement, doit devenir un droit garanti par la loi (la loi doit bien entendu se substituer à des pratiques privées). Dans un cadre démocratique et laïque, les principes d'essence religieuses "tu ne tueras point" (justifié par ailleurs) et "la vie ne nous appartient pas" ne doivent engager que ceux qui y croient. La liberté ne suffit certes pas à tolérer et justifier tous les comportements individuels au niveau d'une société (c'est la limite de la philosophie purement libérale), et la souffrance ne saurait justifier la volonté de mourir : mais, il y a un stade médical où, quand le patient juge consciemment son état indigne et sa souffrance insupportable, il doit pouvoir choisir de mourir dans la dignité, conformément au droit qu'il juge avoir ou non sur sa vie.
Des risques ?
En outre, les exemples des pays étrangers (Pays-Bas, Belgique) nous enseignent que, contrairement à l’avortement en son temps, le recours à l’euthanasie demeure assez marginal et ne croît pas, notamment en raison du recours croissant aux soins palliatifs. Je pense que c'est davantage une raison pour se montrer favorable à une loi qui ne concernerait que des cas très particuliers, aujourd’hui ignorés par la loi, qu'un signe de son inutilité. Deux critiques revenant souvent consistent à dire qu'il ne faut pas légiférer sous le coup de l'émotion ou pour un nombre restreint de cas. Mais elles ne sont pas pertinentes. Derrière l'émotion de certains cas se cachent bien un problème de principe et un champ non couvert par la loi, et le fait qu'un petit nombre de cas soit en jeu n'ait en rien une raison valable (le handicap aussi concerne un "petit nombre" de personnes), et serait à la rigueur plutôt un signe positif dans l'optique d'une loi.
Il faut reconnaître que, dans la pratique, les risques de dérive incitant à la prudence sont réels : pressions financières, pressions morales de l’entourage, incapacité à décider, dérives eugéniques… Autant de risques qui ne doivent pas être un renoncement a priori mais que toute loi – d’ailleurs contrainte par le droit européen - devrait prévenir très sérieusement. Ajouté à celà un risque, ressenti à raison par beaucoup : celui de modifier notre rapport à la mort et notre rapport - aujourd'hui sain - au suicide.
La France doit aujourd’hui déjà faire en sorte que la loi actuelle soit davantage connue et appliquée, ainsi qu’évaluée. Elle a, plus largement, le devoir de se saisir d’un débat trop longtemps demeuré tabou et qui touche à la dignité des malades. Le devoir de se confronter au vécu des patients et à l’euthanasie clandestine, d’évaluer la nature et l’ampleur des cas jugés particuliers ainsi que les risques potentiels, de dialoguer et d’évaluer les expériences étrangères : de là viendront les meilleurs éclairages.
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